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    A propos des récents massacres survenus à Paris, au Nigéria et au Pakistan

    Déclaration de Maria Voce, présidente du mouvement des Focolari : Le dialogue est-il nécessaire ?

    mardi 20 janvier 2015


    Rome, 17 janvier 2015


    On se demande aujourd’hui, après les homicides de Paris, et les massacres au Nigeria et au Pakistan, si le dialogue entre les personnes de religions et de cultures différentes est bien nécessaire. Je me permets de tourner la question d’une autre façon : peut-on vivre sans le dialogue dans un monde désormais globalisé ? sur une planète où, à cause d’un flux migratoire volontaire pour des raisons de travail ou autre, s’ajoutent des populations entières contraintes à fuir à cause des persécutions dont elles souffrent en différents points du monde. Déracinées de leur monde et de leur futur, elles sont obligées à vivre avec des personnes d’ethnies, de cultures, d’opinions et de fois différentes.


    La question dans nos pays occidentaux est brûlante : comment arriver à un vivre ensemble harmonieux avec toutes ces personnes ? Au fond, la réponse est claire : ou bien on dialogue ou bien on s’affronte les uns aux autres. Mais se battre porte à la destruction, autant pour ceux qui vivent sur place que pour les migrants. Alors que l’ouverture et le dialogue créent la vie. Le dialogue entre personnes de croyances différentes amène toujours à construire quelque chose de valide, pour le bien de la société où elles vivent et pour l’humanité entière, toute action étant fondée sur le fait de s’être reconnus frères. J’ai pu le constater au cours de mes voyages dans les contextes dramatiques du Moyen Orient, de l’Afrique et de l’Asie. L’engagement courageux pour le dialogue se vit chez les enfants dans les écoles, dans des familles avec leurs voisins, avec de nombreuses personnes dans le milieu du travail.


    Le dialogue le plus efficace est celui qui repose sur la vie, sur l’existence quotidienne partagée. Il ne débute pas tellement par une confrontation d’idées, mais part de la connaissance de l’autre comme personne – et non pas de la religion de l’autre – pour pouvoir découvrir le lien de fraternité qui lie tous les êtres humains. Sur cette base on peut greffer la compréhension de la foi de l’autre afin de pouvoir la respecter en profondeur, de manière que le dialogue ait un résultat vraiment constructif et ne se limite pas à une coexistence non belligérante qui empêche de construire ensemble un futur commun.
    C’est uniquement dans ce genre de dialogue qu’on découvre que chacun a quelque chose à donner à l’autre et qu’on constate que la diversité n’est pas nécessairement un motif d’opposition, mais qu’elle peut être motif d’enrichissement réciproque. Et nous nous enrichissons réellement, parce que Dieu est généreux et répand ses dons sur tous les hommes, à quelque foi qu’ils appartiennent. Le découvrir nous rend plus riches et en même temps plus libres dans les rapports avec les autres.


    Ce que manifeste le pape François par ses paroles et ses attitudes est d’une lumière toute particulière dans ce processus : il souligne l’accueil, l’empathie, l’écoute attentive des raisons de l’autre. Le pape parle beaucoup d’amitié, il invite à entrer en relation avec les autres, les considérant frères et amis, des personnes qui savent se comprendre et valoriser ce qu’ils trouvent les uns chez les autres.
    L’indication du pape concernant notre identité chrétienne est tout aussi précieuse, afin de bien nous préparer à ce dialogue. Nous ne pouvons en effet dialoguer que si nous sommes profondément et authentiquement chrétiens. Notre dialogue doit partir de la prise de conscience que toute rencontre peut être une occasion de donner à l’autre les valeurs qui font que nous sommes chrétiens, sans les imposer, avec délicatesse, sûrs que c’est un trésor auquel les autres ont le droit de participer.


    J’ai constaté de nombreuses fois que lorsqu’on dialogue, viennent en évidence des sujets communs à propos desquels on peut trouver des solutions et lancer des initiatives communes. L’esprit avec lequel on affronte les problématiques est décisif. Si l’esprit est renforcé par une spiritualité – c’est-à-dire par une conception de la vie qui émane d’une spiritualité – il porte non seulement à valoriser tout ce qui se trouve de bien chez l’autre, à découvrir les dons de Dieu présents en toute tradition religieuse, à les mettre en lumière, mais aussi à les faire grandir. Un chrétien donc ou un musulman devient meilleur en cheminant sur la route du dialogue. Il découvre que l’on progresse ensemble et que ce cheminement mène à des projets communs qui en premier lieu consolident la paix, ce dont toute l’humanité bénéficie.

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