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    Maria Voce : femmes, Eglise et parité de dignité

    mardi 21 janvier 2014

    Interview du quotidien italien "Corriere della Sera" à la présidente des Focolari, Maria Voce. Théologie de la femme, femmes cardinales, place de la femme et autorité.

    Quand on lui demande si elle regrette de ne pas être prêtre, elle qui est l’une des femmes les plus influentes de l’Église, retient son rire : « Écoutez, je connais des femmes pasteurs évangéliques, liées à notre Mouvement, des amies et des femmes exceptionnelles qui font beaucoup de bien dans leurs Églises ; cependant, je n’ai jamais pensé que la possibilité de devenir prêtre puisse accroître la dignité de la femme. Ce ne serait qu’un service en plus. En effet, le problème est ailleurs : comme femmes, ce à quoi nous devons tendre – me semble-t-il – est la reconnaissance de la part de l’Église catholique de la même dignité, de l’égalité des chances. Service et non servitude comme le dit lui-même le Pape François… »


    Maria Voce dirige depuis 2008, les Focolari – deux millions et demi d’adhérents en 182 pays – seul mouvement catholique présidé, par statut, par une femme. Elle a succédé à la fondatrice, Chiara Lubich qui l’appelait « Emmaüs ». La tombe de Chiara est toute proche, dans la petite chapelle du centre mondial de Rocca di Papa là où les baies vitrées s’ouvrent sur les pins de sa maison et où, face à la pierre tombale, se trouve une mosaïque représentant Marie, Mère de l’Église. Le 7 décembre, 70 ans ont passé depuis la « consécration à Dieu » de Chiara. Une femme laïque qui développa, en avance sur son temps, plusieurs thèmes du Concile : « L’Église comme ouverture, communion, amour réciproque… ».

    Quel est aujourd’hui le rôle des femmes dans l’Église et dans quelle mesure sont-elles écoutées ?
    « Leur rôle est celui de tout être humain, homme ou femme, qui appartient à l’Église, corps mystique du Christ. La façon dont ce rôle est considéré par d’autres, c’est autre chose. Il me semble que les femmes n’ont pas encore vraiment voix au chapitre. On leur reconnaît très souvent les valeurs d’humilité, de docilité, de souplesse mais on en profite un peu. Du reste, le Saint Père a dit qu’il est peiné de voir la femme cantonnée à la servitude et non pas la femme au service : le service est un mot-clé de son pontificat mais en tant que service d’amour ; et non pas dans le sens de service parce que tu es considérée inférieure et donc soumise. Il me semble qu’il reste beaucoup à faire à ce niveau ».

    Le Pape a dit qu’il faut penser à une « théologie de la femme ». Pour vous, qu’est-ce que cela signifie ?
    « Je ne suis pas théologienne. Cependant, le Pape a dit ceci : « Marie est plus grande que les apôtres ». C’est beau qu’il le dise ; c’est très fort. La complémentarité doit ressortir de là ; et également, en un certain sens, la participation au magistère… »

    En quel sens ?
    « Chiara voyait Marie comme le ciel bleu qui contient le soleil, la lune et les étoiles. Dans cette vision, si le soleil est Dieu, et les étoiles, les saints, Marie est le ciel qui les contient, qui contient même Dieu : par la volonté de Dieu lui-même qui s’est incarné en son sein. Voilà ce qu’est la femme dans l’Église : elle doit avoir cette fonction qui ne peut exister que dans la complémentarité avec le charisme pétrinien. Pour guider l’Église, il ne peut pas y avoir seulement Pierre mais il doit y avoir Pierre avec les apôtres, soutenus et entourés par l’étreinte de cette femme-mère qu’est Marie ».

    Pour François, il nous faut réfléchir sur la place de la femme « également là où s’exerce l’autorité ». Comment cela pourrait-il se faire ?
    « Les femmes pourraient diriger des dicastères de la Curie, par exemple ; je ne vois pas de difficultés en cela. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi à la tête d’un dicastère sur la famille, il doit nécessairement y avoir un cardinal. Ce pourrait très bien être un couple de laïcs qui vivent chrétiennement leur mariage et – avec tout le respect dû aux cardinaux -, ces laïcs sont sûrement plus au courant qu’un cardinal, des problèmes de la famille. Ce pourrait être la même chose pour d’autres dicastères. Cela me paraît normal ».

    Et encore ?
    « Je pense aux Congrégations générales avant le conclave. Les mères générales des grandes congrégations pourraient y participer ; de même que des représentants élus des diocèses. Si l’assise était plus large, elle aiderait aussi le futur Pape. Du reste, pourquoi ne doit-il prendre conseil que des autres cardinaux ? C’est une limitation ».

    Cela peut-il être valable pour le groupe de cardinaux du Conseil voulu par François ?
    « Bien sûr. Je ne vois pas seulement un groupe de femmes en plus. Un organisme mixte serait plus utile, avec les femmes et d’autres laïcs. Avec les cardinaux, ils peuvent apporter les informations nécessaires et des perspectives. Cela m’enthousiasmerait ».

    Et les femmes cardinales ? On avait parlé de Mère Teresa : qu’en pensez-vous ?

    « J’aimerais savoir ce qu’elle en aurait pensé, elle ! Une femme cardinale pourrait être un signe pour l’humanité mais je ne crois pas qu’il en soit un pour moi ni pour les femmes en général. Cela ne m’intéresse pas. Ce serait une personne exceptionnelle devenue cardinal. D’accord. Et après ? De grandes figures, saintes et docteurs de l’Église, ont été mises en valeur. Mais c’est la femme, en tant que telle, qui ne trouve pas sa place. Ce qui doit être reconnu, c’est le génie féminin au quotidien ».

    La fameuse complémentarité…
    « Oui. Je parlais de charisme pétrinien et de charisme marial. Mais en général, je dirais que, entre homme et femme, la complémentarité est inscrite dans le dessein de Dieu. L’homme à l’image de Dieu ne se réalise pas autrement : « homme et femme, Il les créa ». C’est valable aussi pour les consacrés : même si une personne renonce au rapport sexuel, elle ne peut renoncer à la relation, à la relation avec l’autre ».
    Gian Guido Vecchi
    Source : Corriere della Sera, 30.11.2013

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