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    Un jeune Syrien témoigne

    interview accordée à TV2000 par un jeune des Focolari

    vendredi 23 novembre 2012

    Quel pays, quelle situation as-tu quitté ?J’ai toujours vécu la guerre à la télévision : Palestine, Liban, Irak… Jamais je n’aurais imaginé qu’elle allait éclater en Syrie, que j’aurais été catapulté dans un film d’horreur. Nous étions « un arc-en-ciel » dans lequel il y a toutes les couleurs. Tout d’un coup, la guerre a éclaté et les couleurs ont disparu : nous sommes passés au blanc et noir. Les voisins se regardaient avec suspicion, on a perdu un grand patrimoine historique, la paix, le partage, la coexistence, la maison… Nous avons été obligés de fuir, avons perdu notre travail, des amis…Après une vie côte à côte, nous nous sommes retrouvés dans des tranchées différentes ; dans chaque famille il y a des membres disparus, enlevés, orphelins, tués…
    Homs était une ville pleine de vie. Nous entendions qu’il y avait des échanges de tirs dans d’autres régions du pays et nous pensions que la télévision exagérait, mais, malheureusement, notre ville est devenue une ligne de front. Ensuite, nous aussi, nous nous sommes retrouvés au milieu des tirs. À ce moment-là, j’ai compris que Homs aussi était plongée dans la guerre.

    Que signifie vivre dans un pays en guerre ?
    Cela signifie que tout le passé disparaît d’un coup : la paix, la liberté de circuler sans peur. La Syrie était un pays sûr, personne ne demandait quelle était ta religion. Un de mes amis est mort. Il aimait la paix. Les personnes qui meurent ne sont pas des numéros : 30 morts aujourd’hui, 50 hier… Chacun d’eux a un nom, un père, une mère… Lorsque je me trouvais à l’église pour les funérailles de mon ami, je pleurais comme je n’ai jamais pleuré. Quand le prêtre a demandé : « Que nous dirait le Christ, maintenant ? Il nous dirait de pardonner ! », un silence impressionnant s’est fait. On entendait les gens respirer. Tous ont répondu que nous devons pardonner. Mais moi je n’y arrivais pas. Je suis sorti en pleurant, avec le désir de renverser certains des tueurs avec ma voiture. Mais ensuite j’ai réfléchi : qu’est-ce que je fais ? Je me suis dit, je tue moi aussi quelqu’un qui sera comme mon ami ? J’ai fait marche arrière et je suis rentré à la maison. J’ai prié : Dieu, donne-moi la patience. Je ne dois pas tuer, pour éviter de faire à d’autres le mal que j’ai éprouvé.

    Qu’espères-tu pour le futur de la Syrie ?De revoir le pays d’avant, en paix. « Mets ton épée de côté et vis en paix », cela devrait être le message transmis par toutes les religions. J’espère que cette guerre médiatique invite les jeunes à la paix et non au combat. Que les responsables religieux donnent un message de paix, afin que les jeunes puissent reconstruire la Syrie.

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