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    En Syrie, une foi forte

    En dialogue avec des membres du Mouvement des Focolari, dans le pays torturé par des mois de troubles et de conflits violents

    vendredi 28 septembre 2012

    En de nombreuses localités syriennes, la vie est devenue difficile, très difficile pour la population : bombardements et affrontements (même si non continus), peur, hausse du prix des vivres, difficulté à trouver du gaz. On peut sortir de la maison, mais le rythme de la vie a beaucoup ralenti, avec des barrages routiers dangereux. De nombreuses familles chrétiennes se décident à fuir au Liban, du moins momentanément.

    De la Syrie, on nous raconte
     : 
    « En novembre 2011, nous espérions encore une issue pacifique, mais l’état actuel voit le pays pris dans un étau de violence aux conséquences imprévisibles et désastreuses. Pour nous qui croyons au monde uni, il est très douloureux de constater le manque de volonté réelle de trouver une solution par voie diplomatique et politique. Dès le début des événements, nous avons remarqué, avec beaucoup d’autres dans le pays, que l’intérêt prioritaire n’était pas celui proclamé par de nombreux journaux et chaînes arabes et occidentales, c’est-à-dire la liberté et le pluralisme, mais bien un jeu de pouvoir qui détruit, à tous les niveaux, un pays connu pour la cohabitation pacifique entre les différentes confessions. »
    Les membres des Focolari, après les premiers moments d’effroi et de désorientation, ont vu « les fruits de la vie de l’Évangile semée ces décennies et de la communion pleine entre les différentes communautés disséminées dans le pays et autour d’eux. L’épreuve que le pays vit actuellement – continuent-ils – nous a amenés à l’essentiel dans la relation avec Dieu, avec la Parole et avec les autres. »
    Croire en l’amour de Dieu, malgré la violence omniprésente, être attentifs et se donner pour les besoins des autres est le « modus vivendi » des petits et grands. La vitalité des jeunes est frappante. À Alep, les jeunes distribuent à des familles pauvres, avec lesquelles ils sont en contact, des repas gratuits qu’ils obtiennent auprès d’une grande entreprise. En outre, ils ont organisé une chaîne de solidarité avec leurs amis et leur famille de façon à pouvoir faire parvenir régulièrement de la nourriture de première nécessité à d’autres personnes dans le besoin. Quelques jeunes filles ont préparé et vendu des pâtisseries à des étudiants qui se rendaient quotidiennement dans une bibliothèque paroissiale pour préparer leurs examens universitaires. Les enfants récoltent et vendent des bouchons de bouteilles. Les jeunes de Damas, avec un cinéforum et des rencontres, ont essayé de diffuser une culture de la paix et de la fraternité. En juillet dernier, lorsque les réfugiés sont arrivés dans les jardins et dans les écoles de la ville, les jeunes des Focolari, avec beaucoup d’autres personnes, se sont immédiatement offerts pour subvenir à leurs besoins.
    Pour la famille de Sima et Walid, lui ingénieur et elle enseignante, les difficultés ont commencé par le prêt de la maison et de la voiture à payer, ainsi que les frais de scolarité pour les enfants. « La peur a commencé à nous envahir, racontent-ils. Nous voyions déjà l’éventualité de perdre la maison, et Walid a en plus perdu son travail. Mais nous nous sommes encouragés à croire que pour Dieu rien n’est impossible. Un jour après avoir fait ce pas, une aide financière est arrivée pour nous et correspondait à deux versements pour l’école. » D’autres familles restées sans rien expérimentent l’amour des habitants du village. « Ils nous ont offert tout ce qui manquait dans la maison, expliquent Mariam et Fouad qui, depuis quatre mois, ne reçoivent plus de salaire – même un tapis et une télévision. » 

    Toutefois, la situation difficile a instillé la peur et la méfiance réciproque
    . Le défi de construire des rapports fraternels avec tous est un témoignage à contre-courant. 
    C’est ce qu’a vécu Rima, qui travaille pour un projet de soutien professionnel pour femmes iraquiennes. Un jour, une femme est venue pour s’inscrire au cours. Son habillement – complètement voilée – conseillait la prudence : elle pouvait en effet engendrer de la suspicion parmi les participantes. Avec une excuse, Rima trouve le moyen de ne pas l’inscrire, mais ensuite une pensée plus forte : « Jésus nous a tous aimés et il est venu pour nous sauver tous, sans exception. Nous aussi nous devons avoir une charité qui ne fait pas de distinctions ». Elle fait donc tout pour retrouver cette femme et l’inscrire au cours.
    Fahed est chauffeur de taxi. « Travailler est un défi et une source de stress toujours croissante. Un jour, un vieux monsieur, musulman, a commencé à pester contre un bombardement qui, à son avis, avait volontairement pris une mosquée pour cible. Je l’ai écouté avec attention, puis je lui ai dit : « Ne soyez pas triste, parce que les maisons de Dieu, Lui seul peut les construire. » Quatre mois plus tard, le même client monte dans le taxi, mais ne le reconnaît pas. « Durant le trajet, il m’a confié qu’il avait été très touché par un de nos « frères » chrétiens qui lui avait dit que seul Dieu construit Ses maisons. »
    Youssef est un gynécologue qui, dans le chaos et dans la fureur des premiers troubles, est immédiatement allé soigner les blessés sur place. Le choix inhabituel de soigner des patients de toutes les confessions, avec le risque d’être mal compris, est une semence de réconciliation. Autour de lui s’est créé un réseau de médecins qui, dans tous les sens, essaye de cicatriser les blessures.
    Et encore ce jeune professeur, recruté par l’armée depuis un an. La prière, l’unité avec d’autres jeunes qui vivent l’idéal chrétien et la décision prise de confier sa propre vie à Dieu sont le soutien quotidien, aussi quand il doit aller chez les familles des soldats tués pour leur annoncer la mauvaise nouvelle.
    Mona est une jeune réfugiée, avec sa famille, dans un village près de la ville. Depuis quelques mois, elle a voulu retourner seule en ville pour assister des religieux dans un Centre qui aide des enfants de toutes confessions à faire leurs devoirs et, surtout, à récupérer la volonté de vivre.
    «  Dans mon quartier – raconte Bassel – tout de suite après les premières manifestations, ont éclaté de véritables et fortes attaques de personnes armées contre la police. De nombreuses fois, enfermés à la maison pour nous protéger des balles qui pleuvaient sur le quartier, nous tenions dans nos mains le Rosaire, avec la conviction que la Vierge Marie nous protégerait. En nous souvenant de la puissance de la prière en unité, avec un ami nous avons commencé à faire un « Time-Out » à 23h, heure à laquelle les affrontements éclataient en général. Beaucoup se sont joints à nous. Nous croyons que, malgré tout, les armes n’auront pas le dernier mot. »

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