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    En ligne directe avec la Norvège

    mardi 2 août 2011

    On nous écrit d’Oslo : après le 22 juillet, la Norvège n’est plus la même, nous sommes devenus un seul peuple, uni dans la douleur mais qui espère et refuse de baisser les bras. Le chef de file des jeunes du parti travailliste déclare : « On nous a enlevé quelques-unes de nos plus belles roses, mais on ne peut pas arrêter le printemps ».

    Oslo, 25 juillet – 

    Une retraite aux flambeaux de 200.000 personnes défile dans le centre de la ville en mémoire de tous les morts et les blessés de l’attentat du vendredi 22 et démontre « que nous ne nous laissons pas abattre par la situation mais qu’il est possible pour chacun d’être solidaire et proche de tous les autres et que c’est ce qui est déjà vécu dans notre ville ». 

    C’est ce qu’écrit Helga Koinegg, une autrichienne du Focolare d’Oslo, en Norvège depuis 22 ans. Elle continue : "Pour des raisons de sécurité, on a décidé d’arborer des roses plutôt que des flambeaux. En peu de temps, les fleuristes ont été pris d’assaut et tous les stocks étaient épuisés. C’est que le bureau d’Helga se trouve près de la direction de la Santé, à 500 mètres de l’Office de la santé et des services de soin, qui a été totalement détruit par l’attaque de la voiture piégée de vendredi, avec 2.000 autres bureaux, au cœur du quartier gouvernemental de la Norvège". Mais Elma, Allemande qui travaille en dehors d’Oslo, est parvenue à trouver 200 roses pour les collègues d’Helga. « Nous nous sommes mis en route avec les fleurs, en les distribuant aux personnes que nous rencontrions en route .Chacune des personnes que nous avons rencontrée a été l’occasion d’un échange profond, avec une note dominante : nous n’étions plus des Norvégiens, des Africains, des Moyen-Orientaux, des Musulmans … après le 22 juillet, la Norvège n’a plus été la même, nous sommes devenus un seul peuple, uni dans une grande douleur mais avec la pleine espérance de se relever".

     « Ce soir, la rue s’est remplie d’unité : nous étions 200.000, grands et petits, jeunes et anciens, Norvégiens et étrangers tous réunis ». On notera que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, quand le Roi est rentré dans son pays, on n’avait jamais vu, en Norvège, une manifestation aussi importante et aussi belle. « Nos parents ont dit : Plus jamais de 9 avril (date de l’attaque de la Norvège en 1940, ndr) et nous disons désormais : plus jamais d’autre 22 juillet » – a affirmé le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, intervenant lors de la cérémonie de commémoration des victimes. « Et parmi les paroles qui reviennent régulièrement en ces journées – raconte encore Helga – des paroles inhabituelles, on entend dire : ‘Si un homme peut haïr à ce point, ne pouvons-nous pas d’autant plus, nous tous, répondre par l’amour ?’

    « Oslo est blessée - écrit Maddalena Maltese dans Città Nuova (ndr. la revue italienne à laquelle Nouvelle Cité est fort liée) – mais même en larmes, la ville et surtout la nation toute entière ne baissent pas les bras. Il y a des files devant les hôpitaux pour donner son sang, surtout pour les groupes les plus rares. Devant la cathédrale luthérienne, des milliers de bougies commémorent les victimes. Tous parlent de l’héroïsme des campeurs en face de l’île d’Utøya qui, dès qu’ils ont eu l’intuition de la tragédie, se sont précipités en barque pour sauver les jeunes qui y avaient organisé leur convention. Dimanche, les églises luthériennes et catholiques sont restées ouvertes pour le requiem, une prière qui ne correspond pas à la tradition luthérienne mais qui est néanmoins très fréquentée. De nombreux jeunes ont demandé à rencontrer un prêtre ou se sont arrêtés dans une église pour allumer des bougies ou pour porter des fleurs. En petits groupes, ils se retrouvent dans les maisons pour se souvenir. C’est ce qu’ont fait aussi les membres d’Oslo du mouvement des Focolari, le samedi soir. ‘Certes, les gens sont sous le choc – raconte Katarina Miksits, une Suédoise qui vit depuis 15 ans au Focolare d’Oslo, interrogée par Città Nuova -. Nous sommes incrédules et personne ne pouvait imaginer une telle situation. C’est que, ici, les ministres n’ont pas d’escorte, notre société est une société tranquille et nous ne voulons pas vraiment que cela change’.

    Eskil Pedersen - Gro Harlem Brundland
    « Ensemble, la douleur est plus facile à supporter » a déclaré, au cours de la retraite aux flambeaux Eskil Pedersen, chef de file des jeunes du parti travailliste (AUF) « mais nous ne nous sommes jamais sentis plus proches qu’aujourd’hui. Nous n’avions jamais connu une telle unité. Avec cette unité, nous continuerons à lutter pour les valeurs qui sont très importantes pour la Norvège. Les jeunes, à Utøya, ont cru que, ensemble, ils feraient de la Norvège et du monde un lieu meilleur. Ils étaient ensemble pour la justice, la solidarité, l’égalité et contre le racisme. Nous avons vécu une tragédie nationale. La haine et le désir de vengeance sont une réaction naturelle. Mais nous sommes la Norvège. Et nous ne devons pas nous venger. Quelques-unes de nos plus belles roses nous ont été prises, mais on ne peut pas arrêter le printemps ».

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