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    Vers la nouvelle rencontre entre les religions à Assise

    Un article de la présidente des Focolari publié le 13 juillet sur l’Osservatore Romano, en préparation du prochain événement interreligieux dans la ville de St François

    mardi 19 juillet 2011

    De la peur de l’autre à la découverte de son altérité enrichissante, pour un nouveau modèle du vivre ensemble, une culture du dialogue qui ouvre des perspectives d’espérance et de paix

    « Avant tout, je voudrais exprimer ma joie, notre joie et nos remerciements à Benoît XVI d’avoir convoqué cette nouvelle grande rencontre dans la ville de saint François. Cette joie naît devant une inspiration qui marquera certainement une nouvelle accélération et profondeur pour vivre nos propres convictions religieuses au service de la paix. C’est absolument urgent, dans un contexte où est diffusée la peur de la religion - naturellement source vitale de paix – qu’on accuse souvent comme étant la cause première de nombreux conflits, tensions, phobies, intolérances et persécutions à fond religieux qui pullulent dans le monde.
    Sans aucun doute, en ces temps de profonds bouleversements, « les murs dans lesquels vivaient les différentes civilisations avec leurs cultures sont en train de s’effriter », comme l’observe le philosophe G. Zanghì. Mais en même temps « une ville-monde sans mur, chargée d’espérance, se profile à l’horizon ».

    C’est la vision exposée par Chiara Lubich à Londres en 2004
    , devant un parterre serré où des représentants de nombreuses religions étaient présents. En réponse aux interrogations qui se posent à la société multiculturelle, multiethnique et multireligieuse de notre temps, devant les risques d’un ‘choc des civilisations’, elle avait rappelé la vision de st Augustin au moment de l’écroulement de l’empire romain sous la pression de la migration des peuples : Augustin n’y voyait pas la fin d’une civilisation, mais la naissance d’un nouveau monde.
    Un monde nouveau en train de naître non sans peine. Déjà au début des années 70, Chiara exprimait le « sens d’incertitude pénible, de souffrance que l’humanité sent plus ou moins et sentira toujours plus, alors que les différents points de la terre seront secoués par l’impact avec des peuples méconnus auparavant ». En s’adressant à des jeunes lors d’un congrès international, elle avait demandé de « ne pas fermer les yeux devant ce travail de l’humanité, mais d’entrer consciemment dans l’enfantement du nouveau monde ». « Vous êtes ici — avait-elle ajouté — pour vous former à une “mentalité-monde”, pour devenir “homme-monde” ».

    Pour un court moment, la vision de ce nouveau monde est devenue réalité il y a juste vingt-cinq ans, lors de la première rencontre historique des responsables religieux du monde à Assise.
    Peu de mois après, la veille de Noël 1986, dans un discours dense adressé à ses plus proches collaborateurs de la Curie romaine, Jean-Paul II, en y faisant allusion, s’exprimait ainsi : « On aurait dit que, pour un instant, se soit exprimée même visiblement l’unité cachée mais radicale que le Verbe divin, “en qui tout fut créé et en qui tout subsiste”, a établi entre les hommes et les femmes de ce monde ». Une vision qui embrasse le présent : « ceux qui maintenant partagent les inquiétudes et les joies de cette fin de XXème siècle », mais aussi le passé et le futur : « même ceux qui nous ont précédés dans l’histoire et ceux qui prendront notre place “jusqu’à ce que vienne le Seigneur” ».C’est la grande vision du dessein de Dieu sur le genre humain, illustrée par le concile Vatican II, dessinée depuis les premières lignes du document Nostra aetate : « différents peuples », mais « une seule communauté » étendue sur toute la face de la terre, qui, à Assise, est devenue visible. Le bienheureux Jean-Paul II l’a approfondi dans tout ce discours dense. C’est une « unité radicale » — affirme-t-il — « qui se fonde sur le mystère de la création divine et appartient à l’identité même de l’être humain ». « Tous les hommes — poursuit-il en reprenant les textes conciliaires — sont appelés à l’unité du peuple de Dieu qui préfigure et promeut la paix universelle ».Une perspective qui jette une nouvelle lumière sur la tâche de l’Eglise tracée par le concile : « être un germe d’unité et d’espérance pour l’humanité » et donc appelée à ne « rien rejeter de ce qui est vrai et saint » dans les différentes religions, au contraire, à « en souligner et à faire progresser les authentiques valeurs spirituelles, morales et sociales », à cueillir en leur sein « les rayons de vérité qui peuvent illuminer tous les hommes ».

    A présent Benoît XVI relève la consigne de son prédécesseur qui invitait à « retrouver et maintenir toujours vivant l’esprit d’Assise en tant que motif d’espérance pour le futur ».

    En ces vingt-cinq ans, le chemin ouvert par le pape Jean-Paul II, comme actualisation de l’enseignement conciliaire, a sans aucun doute bien avancé grâce à l’action de l’Esprit Saint qui trame admirablement les paroles d’enseignement et les gestes prophétiques des Papes avec la vie de nombreux témoins, des anciens et nouveaux charismes, des ordres monastiques et de nouveaux mouvements ecclésiaux, suscités par Lui dans l’Eglise catholique et dans les autres Eglises et communautés ecclésiales.

    C’est Lui qui guide l’histoire vers le dénouement de ce grand dessein d’unité, malgré les nombreuses ombres qui pèsent sur notre planète. Nous en sommes témoins. Même pour notre Mouvement, la page inexplorée du dialogue interreligieux s’est ouverte presque par surprise. Chiara Lubich a saisi un signe de l’Esprit Saint dans l’intérêt qu’a suscité son expérience spirituelle de la part des représentants de différentes religions présents à la Guildhall de Londres en 1979, quand le ‘Prix Templeton’, pour le progrès de la religion, lui a été conféré.
    A partir de ce moment, il y a eu d’innombrables développements en plus de trente ans. Continuellement, on a la surprise de voir comment le sentier spirituel sur lequel Dieu nous a conduit, se croise avec les autres voies spirituelles. Et, tout en maintenant notre identité, avec un élan évangélisateur constant tels les témoins de Jésus-Christ « voie, vérité et vie », il nous permet de nous rencontrer et de nous comprendre avec les disciples des grandes traditions religieuses de l’humanité.

    C’est la voie que nous expérimentons. Lorsqu’en 1972, Chiara avait invité les jeunes à devenir acteurs principaux de l’enfantement du monde nouveau, elle leur avait remis ce qu’elle définissait être « une puissante arme d’amour », « le modèle capable de recomposer l’unité du monde » : Jésus crucifié qui crie l’abandon du Père. « A vous de Le prendre pour modèle, Le revivre pour donner un élan décisif au tournant que l’humanité est en train de prendre ».

    Le Seigneur crucifié et ressuscité est la clef qui ouvre le dialogue même dans les situations les plus difficiles. Il est le modèle de cet amour radicalement désintéressé, de cette kénose, de ce vide d’amour nécessaire pour accueillir l’autre.
    Inattendue a été la demande, faite à Chiara, d’en parler aux grandes assemblées des bouddhistes à Tokyo, des moines et moniales bouddhistes en Thaïlande, des musulmans de Harlem aux populations animistes du Cameroun. Et la même demande s’est renouvelée pour moi, à l’occasion de mes récents voyages en Afrique et en Asie, et j’ai de nouveau constaté avec étonnement combien l’amour et l’unité sont inscrits dans l’ADN de chaque homme.

    Aujourd’hui, le dialogue entre les religions ne peut pas se limiter aux leaders, aux savants et aux spécialistes. Il doit devenir un dialogue du peuple, un dialogue de la vie qui se révèle toujours plus indispensable pour garantir la cohabitation pacifique dans nos villes et nos pays, entre chrétiens et musulmans, bouddhistes, indous et sikhs. C’est une rubrique à découvrir et peut-être même à créer, sans se laisser impressionner par le bruit que suscite le moindre fait d’intolérance et de violence.
    C’est le témoignage quotidien qui ouvre la route : nous l’avons expérimenté en divers endroits du monde. Par exemple en Algérie, depuis les années soixante, devant le tableau à sens unique d’un islam fermé et impénétrable et d’une minorité chrétienne en position de défense, un autre panorama s’est ouvert : un dialogue spirituel profond entre chrétiens et musulmans a pu se développer.
    « Tu étais un magnifique exemple de cohérence entre ce qu’on dit, ce qu’on fait et ce qu’on est. Tu es venu à notre rencontre en faisant fondre une mer de glace et en détruisant les murs qui nous séparaient pour construire un pont indestructible ». Ce sont les mots d’un musulman, Sidi Ahmed Benchouk, alors préfet de la région de Tlemcen, adressé à Ulisse Caglioni, focolarino, en Algérie depuis 1966, au moment de ses funérailles à Rome en 2003. Et dans une longue lettre, un groupe de musulmans algériens écrit : « Il a toujours témoigné sa foi. Il a été le modèle du croyant pour nous. C’était un homme de Dieu, un homme qui fait partie de nous-mêmes ».
    Nous avons expérimenté l’authentique visage de l’islam et la force de paix du dialogue également en d’autres points cruciaux comme en Turquie, en Terre Sainte, au Liban, au Pakistan, aux Etats-Unis, sans parler de l’Europe
    . Partout, nous connaissons des chrétiens et des musulmans qui témoignent que l’on peut passer de la peur de l’autre à la découverte de l’autre, et que l’on peut avoir une incidence sur la cohabitation fraternelle dans les villes. Lors d’un récent congrès du mouvement en Italie, un imam a déclaré : « J’ai appris à ne pas me rendre à la logique ami-ennemi, à parier sur l’unité de la famille humaine tissée par des liens d’interdépendance et de fraternité, à regarder l’autre avec la certitude que j’y trouverai une richesse méconnue ».
    Dès à présent, suivons et prions pour le grand rendez-vous à Assise, en octobre prochain, dans l’attente des nouvelles surprises que nous réserve l’Esprit Saint. »

    Maria Voce, Présidente du mouvement des Focolari

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