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    Chiara ’Luce’ Badano : Imitable et à imiter

    Interview avec Maria Voce, la présidente du Mouvement des Focolari

    mercredi 20 octobre 2010

    Une béatification soulève chez beaucoup pas mal de questions : à quoi cela sert-il ? Pourquoi cette personne précisément et pas une autre ? La béatification ne fait-elle pas de cette personne quelqu’un d’inaccessible ? En fait, qu’est-ce qu’une béatification a encore à nous dire aujourd’hui ?

    Fin septembre Chiara Luce Badano, une jeune fille de 18 ans, a été béatifiée. Son style de vie inspiré par la spiritualité du Mouvement des Focolari a été pour beaucoup encouragement et stimulation. Cela ne suffit-il pas ? Pourquoi encore la béatifier ? Qu’est-ce que cela signifie pour votre Mouvement ? Maria Voce : En quoi cette béatification est-elle importante ? Jésus lui-même nous dit dans l’Evangile que nous ne pouvons pas mettre la lumière en-dessous d’un boisseau, mais que nous devons la mettre sur le lampadaire afin d’éclairer tous ceux qui sont dans la maison, et bien au-delà, pour témoigner de ce que Dieu peut faire en une créature (voir Mt 5, 13-16).
    C’est ce qui se passe maintenant avec la béatification de Chiara Luce. De nombreux jeunes se sont demandé comment partager à leurs amis « l’extraordinaire » de cette vie normale de Chiara Luce – et ont créé des chants, des pièces de théâtre, des comédies musicales, sans parler des messages sur Facebook, Youtube, Twitter. Les inscriptions aux festivités de béatification dépassent de loin toutes les attentes. Ce sont là des « signes » incontestables ! Cela nous montre que les jeunes ont une très grande nostalgie – et pas uniquement les jeunes – d’avoir des points de référence et des modèles crédibles. L’évènement nous réjouit également parce que l’Eglise catholique nous confirme ainsi que la spiritualité de l’unité peut être un chemin vers la sainteté. 
     
    Beaucoup de membres du mouvement sont déjà décédés – enfants, jeunes, adultes, personnes mariées et célibataires. Pour quelques-uns un procès de béatification est mis en route. Pourquoi spécialement Chiara Luce ? Maria Voce : Dieu seul sait combien de personnes de tout âge ont vécu leur christianisme de manière exemplaire dans des situations encore plus difficiles. 
    Chiara Lubich a toujours accompagné avec une attention toute spéciale ceux qui s’approchaient de la mort. Souvent elle disait peu après : « C’était un chrétien réalisé ! » Elle tenait fort à ce que le fil d’or de leur vie soit mis par écrit. Ainsi leur expérience pourrait nous aider à vivre l’Evangile plus authentiquement.
    Personne d’entre nous – et en aucun cas Chiara – n’a jugé utile de mettre en route des procès de béatification. L’initiative part en général de l’évêque du lieu où la personne en question a vécu. Nous ne nous sommes jamais posé la question de savoir pourquoi pour cette personne et pas une autre. Ce qui compte, c’est de répondre généreusement à l’amour de Dieu. L’exemple de ces frères et sœurs qui sont mis en lumière nous aide à le faire.
     

    La sainteté veut dire aussi une certaine perfection. Une béatification ne crée-t-elle pas une distance inutile ?  
    Maria Voce
     : Jésus n’a-t-il pas dit : « Soyez tous parfaits comme votre père céleste est parfait ! » (Mt 5, 48) Tendre à la perfection est donc pour chaque chrétien le désir explicite de Dieu. Le Concile Vatican II l’a souligné également (Lumen Gentium 40).
    Mais c’est vrai que dans le passé cela a mené en quelque sorte à une hiérarchie des vocations. « Il semblait que la sainteté était réservée à ceux qui se retiraient derrière les murs des monastères ou se consacraient à Dieu dans la virginité ; comme si l’accès à la sainteté était impossible pour les mariés », c’est ainsi que s’exprimait Igino Giordani, une personnalité italienne hors du commun du 20ème siècle et le premier focolarino marié. Combien a-t-il souffert de cette inégalité ! Avec ironie il parlait de « chrétiens de première classe » et de « chrétiens de deuxième classe », càd. les laïcs qui vivaient dans un « état d’imperfection ». La grande découverte de Chiara Lubich au début du Mouvement était justement d’avoir en main la carte d’entrée à la perfection pour tous en mettant en pratique la volonté de Dieu : pour les ouvriers et les étudiants, pour les députés et les mères au foyer. Voici comment Giordani a exprimé son étonnement après sa première rencontre avec Chiara au Parlement : « Elle portait la sainteté à la portée de tous les êtres humains. Elle déplaçait les barrières qui séparaient les laïcs de la vie mystique. »
    Aujourd’hui la sainteté ne signifie plus rien pour beaucoup de personnes. Est-ce qu’elle n’est pas dépassée en tant que but à atteindre ? Maria Voce : La sainteté qui va de pair avec des phénomènes extraordinaires comme les extases, les miracles ou les exercices de pénitence ne nous dit peut-être plus rien. Cela est étranger au monde d’aujourd’hui. Mais la Parole de Dieu nous remet en question, encore aujourd’hui : « Soyez saints parce que je suis saint. » (Lev 11,45) « C’est cela que Dieu veut : votre sanctification. » (1 Tess 4,3)
    Aujourd’hui de nouveaux chemins s’ouvrent à nous : devenir saints ensemble, la sainteté du peuple, ce sont des mots-clés et ils signifient : aimer l’autre comme soi-même ; si tu tends vers la sainteté tu devrais également y tendre pour ton prochain. Chiara Lubich nous rappelle que l’archevêque Montini, qui sera plus tard le pape Paul VI, en parlait également quand il disait : « En ces temps-ci, ce qui constituait un évènement isolé devrait devenir un style de vie : le saint extraordinaire doit laisser la place à la sainteté du peuple, au peuple de Dieu qui se sanctifie. »
    Chiara Luce n’est pas devenue sainte toute seule. Elle avançait sur ce chemin en compagnie de ses parents, de Chiara Lubich, des jeunes qui partageaient avec elle le même idéal de vie. Elle voulait rester fidèle à Dieu, qui est Amour – dans les petites choses de tous les jours autant que dans les moments les plus difficiles de sa maladie. Déjà pendant son enfance elle avait choisi de mettre Dieu au centre de sa vie.
    Cette sainteté du peuple est présentée durant les festivités dans la salle d’audience Paul VI : on ne parle pas seulement de sa vie ; d’autres jeunes vont témoigner de la manière dont ils vivent l’Evangile dans les circonstances les plus difficiles.

    Il y a également des membres du mouvement qui font partie d’autres Eglises ; même des membres d’autres religions en font partie. Mais une béatification est une pratique typiquement catholique. Cela ne mène-t-il pas à des tensions ou des problèmes dans le mouvement ? Maria Voce : Nous savons bien que toutes les Eglises n’ont pas cette pratique de la béatification et qu’elle est difficilement compréhensible pour certains pour des raisons historiques. Mais nous tous, chrétiens des différentes Eglises, nous nous sentons appelés, surtout en ces temps de crises, de témoigner ensemble que l’Evangile a la force de renouveler l’Eglise et la société.
    Quand nous lisons la biographie de Chiara Luce, nous comprenons combien elle est habitée par l’Evangile. La puissance de l’amour de Dieu qui y transparaît est très attirante pour tout le monde. Même des jeunes bouddhistes de Thaïlande économisent pour pouvoir se payer le voyage à Rome. En septembre sort un livre sur Chiara Luce de Franz Coriasco. Il a été le frère de sa meilleure amie et il est athée. 
    Tout cela montre que la vie de Chiara Luce impressionne les personnes au-delà des confessions et des religions. Les réactions suivantes de jeunes me touchent : « Notre société veut nier la douleur, éliminer ce qui dérange, nier la souffrance. Chiara Luce nous apprend à affronter les difficultés. » « Elle nous dit : la vie et le bonheur auront le dessus. Et c’est fascinant ! » « Ce qui est extraordinaire, c’est qu’elle a vécu si normalement. Cela me donne du courage, l’espoir que je pourrai y arriver également. » 

    Gabi Ballweg (Neue Stadt)

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