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    Interview avec la nouvelle présidente, Maria Voce, un an après son élection

    "Privilégier les relations reste la ligne de mon activité"

    mardi 15 septembre 2009

    Voilà un an, Maria Voce était élue présidente du mouvement des Focolari, à la suite de Chiara Lubich, la fondatrice. Comment s’est faite la transition ?(Interview faite par Città Nuova et reprise dans le n° de septembre de Nouvelle Cité)

    « Si nécessaire, je me réserve le droit de ne pas répondre ! » annonce Maria Voce en plaisantant, au début de cette interview, forte de son passé d’avocat. C’est de bon gré qu’elle a en fait accepté de faire une sorte de bilan de sa première année à la tête du mouvement des Focolari, après avoir été élue le 7 juillet 2008 par 496 délégués venus du monde entier, pour continuer à faire fructifier l’extraordinaire héritage de Chiara Lubich.

    Votre vie a-t-elle beaucoup changé depuis que vous avez été élue présidente ?Elle n’a pas changé dans sa substance, car j’essaye d’être cohérente avec ma décision de donner toute ma vie à Dieu, et avec mon engagement à vivre le charisme de Chiara. Mais elle a changé dans le sens que mon rôle et donc ma responsabilité ne sont plus les mêmes. Je suis consciente que chaque instant vécu a d’une certaine manière une influence bien plus grande qu’auparavant et cela m’incite à être encore plus fidèle et plus cohérente.

    Quand vous vous rendez sur la tombe de Chiara, que faites-vous le plus fréquemment : vous demandez, remerciez ou écoutez ?Rien de tout cela. Je suis là, tout simplement. Quand je vais sur sa tombe, je m’arrête un moment avec Chiara. Il peut arriver que, parfois, je demande, je remercie ou j’écoute. Mais la vérité est que je reste là avec elle. Presque sans penser.

    Comment se déroulent vos journées ?Mes journées, comme celles des autres membres du Centre du mouvement des Focolari sont fort conditionnées par des programmes qui arrivent de l’extérieur : rendez-vous, situations et imprévus. Mais au milieu de tout ça je fais en sorte de trouver le temps pour la messe, la prière, la méditation, les heures de travail. Aussi la vie de focolare, la communauté où je vis, en préparant le repas, en faisant le ménage ou autre chose.

    Sur le bureau de tout président arrivent des problèmes et des décisions à prendre. Quelle est votre méthode de travail ?J’essaye de ne pas trop différer quand arrive un problème ou une demande. J’examine tout de suite la question avec la personne qui la pose, en répondant par un e-mail ou en téléphonant pour mieux comprendre ses raisons et quelle proposition elle voudrait que je fasse avancer. L’étape suivante est de consulter mes collaborateurs, à commencer par le co-président, puis les autres membres du Centre : quelquefois je les convoque tous ensemble, pour les questions de plus grande importance, d’autres fois je consulte l’un ou l’autre, suivant les compétences spécifiques que demande la question. Grâce à ces échanges nous avons l’impression que nous pouvons donner la réponse qui nous semble être celle que Dieu veut, même s’il s’agit d’une réponse partielle ou qui demande un examen ultérieur.

    Qu’avez-vous retiré du synode des évêques sur la Parole de Dieu ?
    J’ai cueilli la grande soif qu’a l’Église de voir vécue la Parole de Dieu. Tous se sont engagés à témoigner de la vie de l’Évangile, mais la possibilité de le faire au milieu des réalités du monde les plus variées est un défi que les pasteurs de l’Église voudraient voir relevé par les laïcs. C’est donc pour nous une invitation à nous engager davantage à vivre l’Évangile et à en être les témoins.

    Dans l’interview que vous avez accordée à Città Nuova/Nouvelle Cité après votre élection, vous vous étiez engagée à « privilégier les relations » pour en faire le style de votre présidence. Est-ce que c’est difficile à mettre en œuvre ?Cela a été et c’est toujours d’une actualité importante. Ce n’est pas quelque chose que l’on réalise une fois pour toutes, mais cela demande de recommencer chaque jour. Donc c’est engageant, mais ce n’est pas difficile. Privilégier les relations reste la ligne de mon activité, de mes rencontres, mais rien ne va de soi. Certains jours on est mieux prédisposé à accueillir les autres, d’autres fois on porte dans le cœur et dans l’esprit des situations précédentes que l’on a plus de mal à déplacer.

    Quel est l’aspect qui vous préoccupe le plus dans le mouvement ?
    J’ai l’impression que nous avons grandi trop vite, dans nos manifestations et dans les réalités externes des Focolari. Je m’explique. Chiara devait fonder tout ce que Dieu lui suggérait, mais nous constatons que nous sommes encore inadaptés à tout ce que Chiara a fait. Il peut être préoccupant de constater que les personnes du mouvement, à commencer par moi, ne sont pas à la hauteur de la grandeur des buts d’une œuvre de Dieu. Aussi sommes-nous appelés à bien comprendre ce qui est utile maintenant au mouvement. Mais peut-être pas tout en même temps et pas tout tout de suite.

    Qu’est-ce qui vous a donné le plus de consolations ?L’engagement de tous à partager cette responsabilité avec moi, car tout le monde me demande : « Qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider ? » Une fillette de 9 ans m’a écrit par exemple : « N’aie pas peur. Tu as tout notre soutien ! » Voilà ma plus grande consolation : si une petite fille est capable de me donner tout son appui, je peux certainement compter aussi sur beaucoup d’autres.

    Que faites-vous pour vous détendre ?J’aime bien écouter de la musique, avec une préférence pour le chant lyrique et les chansons napolitaines. J’aime me promener, prendre l’air, mais aussi « bricoler » à la cuisine, en préparant des confitures ou des liqueurs, avec les recettes de ma mère et de ma grand-mère. J’aime aussi tricoter. Mais toutes ces choses, je préfère les faire en compagnie des autres.
    Benoît XVI, encore dans son récent voyage en Terre Sainte, a souligné l’aspect central du dialogue entre les religions dans l’expression claire de l’identité de chacune d’elles. Quel est l’apport spécifique du mouvement à ce sujet ?Je pense que c’est le désir, mais aussi la capacité – parce qu’elle est liée au charisme propre du mouvement – d’établir une réciprocité, donc d’inciter les fidèles des autres religions à nous aimer comme nous les aimons et ainsi de parvenir à créer une relation privilégiée basée sur « Aimez-vous les uns les autres ». Quand cela se réalise, Jésus est présent et il n’est là ni pour s’opposer ni pour jeter le trouble mais pour éclairer. Il éclaire les autres et nous éclaire nous aussi pour nous faire avancer vers cette vérité tout entière que Dieu veut donner aux hommes. Donc sans confusion, sans syncrétisme, sans affrontement, mais avec une lumière qui nous fait tous avancer vers une vérité qui nous transcende.

    Dans notre société beaucoup sont désorientés et préoccupés. Qu’est-ce l’héritage de Chiara peut leur offrir ?Elle peut leur offrir la réalité de la famille. Le fait d’être une famille, le fait que tous ceux qui s’approchent du mouvement puissent entrer dans cette réalité de la famille, voilà ce qui peut apporter de la sécurité, de l’espérance, de la solidité pour affronter les épreuves, les problèmes, les doutes. Le manque de la famille est ce que l’on ressent le plus aujourd’hui. 

    Y a-t-il eu une situation où vous vous êtes sentie particulièrement inadaptée ?Oui, tous les jours ! (Maria Voce rit) À vrai dire je ne me suis jamais sentie « particulièrement » inadaptée, mais en même temps je le suis toujours un peu. Même en ce moment en répondant à vos questions. Il s’agit d’accepter les limites que chacun de nous porte en lui, sans s’efforcer de trouver à tout prix quelque système pour être adapté. Il faut plutôt bien vivre ce que Dieu nous demande de faire. J’accepte mon inadaptation, j’ai confiance en Sa grâce et je vais de l’avant.

    Après le départ de son fondateur, une œuvre vit toujours une période difficile. Certaines personnalités de l’Église se demandaient comment allait se passer l’ « après Chiara ». Qu’avez-vous constaté cette année ?Nous aussi, nous étions tous préoccupés. Maintenant je peux pourtant témoigner devant Dieu que j’ai vu un mouvement en expansion, dans le nombre de ses membres, dans les activités mises en œuvre, dans l’engagement de chacun. Je m’aperçois qu’il n’y a pas un « après Chiara » mais une continuité dans le mouvement qui provient du charisme de Chiara. Cela montre combien le don de Dieu est toujours actuel et cela prouve que, tant qu’il y aura une personne pour le vivre, le mouvement ira de l’avant.

    Quelles perspectives voyez-vous pour le mouvement des Focolari ?Il me semble que maintenant nous devons remettre l’accent sur le témoignage personnel, sur la conversion quotidienne à la vie de l’Évangile, sur la formation de communautés authentiques, où les relations soient vraiment vitales et fortes. De là naîtront aussi les grandes manifestations qui servent à mettre la vie en lumière.

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