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    Noël, paradoxe et originalité

    mardi 5 décembre 2017

    Le temps de l’Avent, qui nous parle d’espérance et d’attente, a commencé. Dans la liturgie chrétienne c’est la préparation à la venue du Seigneur qui couvre une période de quatre semaines, dédiée au recueillement et à la préparation du cœur pour accueillir le Christ. Les propos de Giordani invitent à réfléchir.

    Noël étant considéré par la plupart comme une grande fête parmi d’autres, plus somptueuse que sacrée, il est bon de revenir sur quelques-uns des aspects significatifs de cet événement à partir duquel l’histoire du monde a connu un avant et un après. Étant donné son immense portée, on aurait pu s’attendre à un événement triomphal et pompeux, avec musique et coups de feu, accompagné de manifestations grandioses, attirant des millions de curieux. L’écart est abyssal entre la naissance d’un puissant de cette terre, telle que la rêvait et la vivait le monde antique, et celle de Jésus, obscure et passant inaperçue. C’est précisément le paradoxe et l’originalité sans mesure qui caractérisent ce Christ-roi qui naît d’une pauvre femme, dans une étable. Il n’a rien d’un Dieu, ni du plus admirable des hommes, mais c’est le dernier d’entre eux, d’emblée rabaissé au niveau le plus méprisable. Il figure au rang social le plus bas et se trouve ainsi immédiatement en situation de voir tous les êtres humains d’en bas, de pouvoir voir avec les yeux des plus démunis.
    Le principe de sa révolution ne compte pas sur l’orgueil, mais sur l’humilité pour attirer au ciel les enfants de Dieu, à commencer par ceux qui mangeaient et dormaient par terre : les esclaves, les laissés pour compte, les étrangers, en un mot ceux qui sont au rebut.
    Avec cet enfant naissent la liberté et l’amour : sa liberté est une liberté d’amour. Une découverte inouïe ! L’amour universel qu’Il enseigne vise à disloquer un système social reposant en grande partie sur la tyrannie politique, l’abus d’autorité, l’usure déréglée, le mépris du travail, la dégradation de la femme, le poison de la jalousie. Naturellement pour les tenants d’un tel système ce message incite au désordre : il peut conduire en prison ou au gibet.
    Heureux les pauvres et ceux qui se font pauvres pour aider les malheureux… Imaginez la colère de ceux pour qui l’argent est le bien suprême…
    “Il fut dit à vos pères : tu ne tueras pas. Mais moi je vous dis : quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal… ». Ce précepte a été vu et est encore vu comme portant atteinte à l’honneur des guerriers et des fabricants d’armes ; quant à ne pas haïr son frère, cela implique de mettre fin aux rixes, aux coups-bas, aux violences. Voilà qui ferait de notre société un lieu de vie paisible, où, plutôt que de hurler et de tirer des coups de feu, on se réjouirait autour de la même table. En vivant ainsi, ce serait Noël chaque jour.

    Car telle est la révolution du Christ : nous faire renaître continuellement face à la malédiction de la mort. C’est pourquoi le plus grand commandement consiste à aimer l’homme ; ce qui revient à aimer Dieu. Aimer l’autre jusqu’à donner sa propre vie pour lui.
    Voilà en bref le sens de Noël : réexamen du passé, fin des guerres, des basses turpitudes, de l’avarice ; aube de l’amour universel qui n’admet pas de divisions de race, ni de caste, ni de classe, ni politique… Par sa vie et sa mort Jésus annonce et enseigne la vie…

    Igino Giordani, Il Natale come rivoluzione, Città Nuova, Rome 1974, n.24, p.18

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