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    Bruxelles, une année après les attentats

    Les "Amassadeurs du dialogue" de l’Imelda Instituut

    dimanche 16 avril 2017

    Le 22 mars 2017 restera pour toujours une date mémorable. Une année a passé après ce jour terrible qui a marqué la mémoire de chacun.


    Ce jour-là, mes collègues et moi-même, de l’école secondaire Imelda, située à la limite de la commune de Molenbeek, entrions dans la classe pour débuter les conseils de classe. Il était pratiquement huit heures et demie. Un des collègues venait de remarquer sur son smartphone que quelque chose de grave s’était passé à l’aéroport de Zaventem, une explosion avec, peut-être, quelques victimes.


    Puis les smartphones ont envoyé à un rythme toujours plus rapide des messages d’horreur de ce qui était en train de se passer. Entre temps, interdiction de quitter le bâtiment. Nous avons suivi avec angoisse et consternation les messages qui décrivaient les attentats de Zaventem et de la station de métro de Maelbeek, située dans les environs des Institutions européennes. A 16 heures, nous avons reçu finalement l’autorisation d’évacuer l’école. Les jours suivants étaient quasiment surréalistes. La vie allait de l’avant mais tous étaient profondément perturbés et à la fin de cette semaine, des fleurs et des messages offerts par des centaines de personnes rassemblées en silence remplissaient petit à petit la place de la Bourse à Bruxelles. Y était aussi déposé un livre de condoléances avec des dessins et des textes des élèves de mon école.


    Dans les jours et les semaines après les attentats, la peine remplaçait la stupéfaction paralysante du début : tous expérimentaient la douleur, l’angoisse, la méfiance, et des questions, un tas de questions surgissaient. Comment une telle chose a-t-elle pu se passer ? Qu’est-ce qui a pu amener des jeunes de Molenbeek à une radicalisation telle qu’ils commettent des actes inhumains d’une telle envergure ? Que nous disent ces actes sur les courants idéologiques à l’intérieur de la communauté musulmane ? Et la question sous-jacente : où va notre société ? Si de tels attentats ont pu avoir lieu une fois, ils peuvent se répéter. Et surgit alors la question angoissante : que faire pour le prévenir ? Comment éviter la fracture de la société en des camps opposés ?


    La mesure immédiate des autorités fut d’élever le niveau d’alerte au maximum avec des équipes de policiers et de soldats dans les rues de Bruxelles. C’était certainement nécessaire, mais cela renforçait l’insécurité. Lors des célébrations interreligieuses, peu de temps après les attentats, dans la cathédrale St Michel et Gudule et dans le centre de rencontre musulman Poincarré, résonnait l’appel à ne pas se laisser diviser ni par la peur, ni par la méfiance ni par le fait de se sentir stigmatisés.


    L’interview de Mohamed El Bachiri


    On semblait être renversés par une tempête. Les mass-media ne parlaient que des faits du 22 mars.Tous les jours un ou plusieurs articles concernant le terrorisme. C’est seulement bien plus tard, le calme revenu, que fut publiée l’interview de Mohamed El Bachiri dans le cadre de l’émission « de Afspraak ». Celle-ci a connu une diffusion importante via les réseaux sociaux, également en-dehors de la Belgique.


    El Bachiri, belge d’origine marocaine, musulman, habitant à Molenbeek, raconte qu’il a reçu un message l’informant que son épouse était parmi les victimes de l’attentat de la station de métro de Maelbeek. Les paroles de Mohamed, quasi un an après les événements, sont un monument d’humanité. Loin de se laisser endurcir par la haine, il fait un appel vibrant à un jihad " qui aime pour exister, qui cherche l’étreinte pour éteindre les flammes de la rancœur et qui n’impose pas sa vérité. [...] Ce djihad crie son amour pour l’Occident [...]. Ce Jihad d’amour devrait être la réponse à ceux qui cherchent à nous diviser et à propager la violence et le terrorisme".


    Ces paroles contiennent un appel adressé à chacun de nous et cet appel sera peut-être l’unique chemin vers un avenir commun : en premier lieu nous voir comme hommes, et seulement après, comme musulmans ou chrétiens. Ce n’est que de cette manière-là, c’est-à-dire sur base d’un rapport authentique et respectueux qu’il peut se réaliser et qu’on peut entamer un dialogue sur les mécanismes négatifs dans les différentes communautés et dans la société, considérée dans son ensemble. C’est ainsi que nous pouvons nous engager pour un vivre ensemble qui soit sûr, solidaire et multiforme, dans le respect de l’identité de chacun. Le fait que le message de Mohamed ait trouvé un tel écho peut signifier qu’il a su exprimer quelque chose qui vit dans le cœur de beaucoup de personnes, musulmanes ou non musulmanes : le désir que nos diverses communautés puissent vivre ensemble dans notre société de manière constructive.


    Les ambassadeurs du dialogue de l’Imelda Instituut de Molenbeek


    Dans notre école, l’Imelda-Instituut de Bruxelles, 8 élèves musulmans, 8 élèves chrétiens et 8 enseignants ont fait ensemble, en l’espace d’un an, un parcours de dialogue et ce processus a débouché sur un échange avec la Carmel High School de Haïfa. Dans cette école qui a une population palestinienne, un groupe similaire a fait un parcours semblable. En mars 2017, le groupe de Bruxelles est allé à Haïfa et en septembre de cette année, le groupe de Haïfa viendra à Bruxelles. Dans le cadre de cette visite d’une semaine, sont prévus des lieux et des rencontres avec des personnes représentatives du dialogue entre chrétiens, musulmans et juifs.


    L’initiative a pu se réaliser grâce au soutien de l’Union européenne (Erasmus) et de la cellule Egalité des Chances et Diversité, Bruxelles, sous la houlette de la Secrétaire d’Etat Bianca Debaets qui a rendu visite aux jeunes sur place.


    Une expérience qui marque et forme les jeunes qui y participent. Désormais ils sont devenus des « Ambassadeurs du dialogue » qui témoignent d’un nouveau style de vie dans notre société, le ’lifestyle4Peace’.


    Ton Jongstra

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