Accueil > Actualité > En bref > International > Syrie : un carême dans les larmes

    Syrie : un carême dans les larmes

    interview avec Mons. Nassar, archevêque de Damas

    mercredi 8 mars 2017

    L’archevêque de Damas parle de son Pays, après six ans de guerre : un entassement de ruines, des familles brisées, une enfance sacrifiée, des paroisses désertes, un peuple qui lutte quotidiennement pour trouver de quoi boire et manger.


    Mgr Nassar, après six ans de guerre, quel est aujourd’hui le visage de la Syrie ?
    C’est un immense entassement de ruines. Des scènes apocalyptiques : édifices carbonisés, maisons incendiées, quartiers fantômes, villages complètement rasés. Plus de 12 millions de Syriens (50% de la population) n’ont plus de toit. De nombreux Syriens, (des millions !), ont quitté leur patrie. C’est la plus grande masse de réfugiés depuis la seconde guerre mondiale. Maintenant ils se trouvent relégués dans des camps de réfugiés et attendent que quelqu’un se souvienne d’eux. D’autres ont disparu dans l’exode, ou font la queue devant les ambassades comme des nomades en quête d’une terre d’accueil. La vie des Syriens, où qu’ils soient, est devenue un véritable tourment.
    La famille – pilier de l’Église et de la nation – est gravement secouée. Il est rare de trouver une famille au complet et les quelques-unes qui sont restées sont privées d’aide et sombrent dans la misère, la dépression et l’angoisse. Les fiancés ne peuvent se marier parce que les hommes sont mobilisés sur le front ; quant au manque de maisons, il achève d’effriter leur avenir.


    Quelle est, à votre avis, la catégorie la plus vulnérable ?
    Ceux qui sont le plus en danger sont les enfants. Ils sont en train de payer cher cette violence sans pitié. Selon l’Unesco plus de 3 millions d’enfants syriens ne vont plus à l’école, parce que la priorité est la survie physique. Les quelques écoles qui fonctionnent sont surpeuplées et le niveau d’instruction souffre de l’exode de nombreux enseignants. Les centres d’aide psychologique sont submergés par le grand nombre de patients et l’importance des blessures et des blocages psychologiques dont souffre une grande partie des enfants.


    Une des préoccupations de l’Église c’est aussi l’exode des chrétiens…
    Les paroisses enregistrent une diminution considérable des fidèles et des activités pastorales. L’Église de Damas a vu partir un tiers des prêtres (27), une dure réalité qui affaiblit encore davantage le rôle, déjà en déclin, de la minorité chrétienne. Les prêtres qui résistent sur place ne se sentent pas en sécurité et cherchent à négocier un possible départ. Entre temps ils se mobilisent comme agents sociaux-humanitaires auprès des familles sinistrées.


    Comment se présente la vie des Syriens aujourd’hui ?
    Les Syriens ne courent plus après la liberté. Chaque jour ils doivent se battre pour trouver du pain, de l’eau, du gaz, de l’essence, qui sont de plus en plus rares. Les coupures d’électricité toujours plus fréquentes et prolongées les voient s’enfoncer dans la mélancolie en réduisant leur vie sociale. La recherche de frères, de parents et d’amis disparus se fait avec grande discrétion et dans l’inquiétude. Trouver un toit, quelque refuge où habiter est devenu le rêve impossible de chaque famille, surtout des jeunes couples. Le peuple syrien vit ce grand déchirement avec une profonde amertume que laissent transparaître les regards silencieux et les larmes. Le Carême 2017 nous offre un moment de forte réflexion pour revoir notre engagement en tant qu’Église qui veut être aux côtés des fidèles éprouvés pour cheminer avec eux vers le Christ Ressuscité qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et opprimés… » Mt 11, 28).

Tags populaires