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    Lettre ouverte d’un jeune belge

    mercredi 6 avril 2016

    Samuel Verhegge, 24 ans, Flamand, raconte son 22 mars 2016. Dans le découragement général et confronté à une xénophobie galopante, il cherche à repérer une source de lumière.

    “Le 22 mars restera pour toujours une date marquée par les actes barbares vécus à l’aéroport et dans la ville de Bruxelles. Accomplis par des individus qui n’ont pas réussi à considérer l’amour du prochain comme une priorité dans leur vie, et cela juste quelques jours avant Pâques, la fête qui nous enseigne que l’Amour est vainqueur de tout.
    Ce fut une semaine où des sentiments de haine profonde se croisaient avec la forte sensation que Dieu nous demande d’aimer l’autre. Ce n’est assurément pas facile dans des moments comme ceux-ci. Nous sommes naturellement portés à trouver un coupable. Et c’est ce qui est en train d’arriver ici. On se demande en quoi on s’est trompé, et qui est responsable de la radicalisation de ces personnes.
    Pour moi aussi cette semaine a suscité de nombreuses questions nouvelles. C’est comme si j’écrivais continuellement des lettres à Dieu et courais chaque jour à la boîte aux lettres pour voir si Sa réponse est déjà arrivée.
    C’est encore plus dur lorsque tes amis les plus proches te demandent pourquoi tu défends encore les musulmans : “C’est de leur faute”, disent-ils. “Renvoyons-les chez eux”.”Pourquoi offrir aux réfugiés des possibilités, si c’est pour qu’ensuite ils viennent nous tuer ?” Je me suis rendu compte que c’est un exercice qu’il faut refaire chaque fois. Il s’agit pour moi de me mettre dans la peau de mes amis, qui n’ont pas la chance d’expérimenter que Dieu est à leurs côtés et qu’Il est le seul à pouvoir donner une réponse. Une réponse d’amour. Ils ressentent une grande peur qui les pousse à donner la priorité à leur propre sécurité et à leur avenir. Au cours de cette semaine je me suis efforcé de leur faire voir l’autre côté des choses : “Ces personnes (les terroristes) ne sont pas musulmans. L’Islam incarne des valeurs porteuses d’Amour”. Mais en se lançant dans cet exercice, on rencontre vite beaucoup de résistance.
    Les plaies ne sont pas encore refermées. J’espérais être en mesure de soigner convenablement ces blessures, mais la guérison est un processus qui demande du temps. Ce Vendredi Saint, en rentrant chez moi, j’étais fatigué et j’en avais presque assez de soigner “les blessés”. Aussi j’imagine à quel point la semaine a été dure pour les personnes engagées en première ligne pour porter secours.

    On dit que les jeunes d’aujourd’hui n’osent pas manifester leur foi. Nous n’osons plus parler des réalités auxquelles nous croyons par crainte d’être écartés de la société. Nous n’osons plus accomplir ce que nous sentons qu’il est bien de faire. Ce n’est peut-être pas la peur de s’exprimer mais une certaine lassitude, résultant du fait que croire en un idéal chrétien est une aventure fatigante. En Belgique la foi fait désormais figure d’exception, et il faut se faire violence pour défendre ses valeurs.
    Les jeunes choisissent de ne plus croire pour éviter les critiques. Du coup j’ai à nouveau saisi la force de l’idéal de paix et d’unité que Chiara Lubich nous a enseigné. C’est comme un “café” qui permet de surmonter la fatigue. Il nous aide à sourire lorsque quelqu’un nous pose une question critique, nous donnant ainsi l’occasion de partager notre message. C’est pour cela que je marche à la suite de Jésus.
    Je voudrais demander à Dieu un feu plus grand qu’avant, qui puisse enflammer le coeur des jeunes. Qui nous rende capables de nous regarder avec bienveillance plutôt que de nous critiquer les uns les autres. De sorte que la trappe qui ouvre vers le bas se transforme en une ouverture vers le haut, et que la foi devienne une fête plutôt qu’une source de tracas. Où chacun puisse trouver la clé pour construire un monde où des attentats comme ceux du 22 mars n’arrivent plus”.

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