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    A la frontière macédonienne. Récit

    lundi 21 mars 2016

    Dolores Poletto, du Mouvement des Focolari à Skopje (Macédoine) est interviewée par l’Agence SIR. Elle témoigne au sujet des réfugiés bloqués à Idomeni : « Dans la boue et le froid, j’ai vu une humanité blessée ».

    Des milliers de réfugiés, qui attendent de passer la frontière entre la Grèce et la Macédoine, vivent sous tente et dans la boue. Leur « rêve », c’est d’arriver coûte que coûte en Europe. Dolorès Poletto, croate, travaille depuis seulement deux semaines à la Caritas de Macédoine et vit dans la communauté du Mouvement des Focolari à Skopje. Elle nous raconte ce qu’elle a vu de ses propres yeux le long de la frontière. « Je suis allée dans le camp de réfugiés à Gevjelija (Macédoine) avec des collègues de la Caritas. Une visite informelle. De part et d’autre de la frontière une marée humaine. Nous sommes aussi passés en Grèce par la frontière officielle, à Idoméni ».
    Fermeture des frontières. Le drame humanitaire que sont en train de vivre les réfugiés en Grèce, Macédoine et en Serbie est, comme nous le savons, la conséquence de la fermeture des frontières longeant la route des Balkans. Selon les dernières évaluations – mais ces chiffres sont toujours approximatifs – plus de 14000 réfugiés se trouvent sur la frontière avec la Macédoine. En Grèce ils sont plus de 34000.
    A Idomeni s’est constitué comme une sorte d’entonnoir. Les migrants y vivent une situation semblable à celle de Calais, à la frontière française sur la Manche. Ils arrivent après avoir traversé la Grèce et la mer Egée sur une embarcation. « Une foule de gens, raconte Dolorès. Ils débarquent dans des conditions d’extrême précarité. En journée la température, s’il fait beau, peut monter jusqu’à 18 degrés, mais le soir elle descend autour de deux ou trois degrés ». Les conditions de vie dans le camp se dégradent de jour en jour. A ce froid viennent s’ajouter le manque de nourriture et un contexte sanitaire et hygiénique déplorable.
    Beaucoup font la queue pour avoir de quoi manger”, raconte encore Dolorès. « Il est difficile de décrire leur état psychologique. Beaucoup disent venir de la Syrie. L’unique question qu’ils nous posent : à quand l’ouverture de la frontière ? ». Ils sont prêts à tout à condition d’atteindre leur but, même au péril de leur vie. « Tu sais, dit Dolorès, je viens d’apprendre que trois personnes ont péri dans le fleuve qui relie la Macédoine et la Grèce. Elles essayaient d’entrer illégalement. Quelle tristesse ! »

    La Caritas est sur les lieux depuis le début de la crise, ainsi que de nombreuses ONG. « Ils attendent en espérant pouvoir passer la frontière, explique Dolorès, aussi ne veulent-ils pas rejoindre des camps plus adaptés. C’est difficile de les aider ». La police des frontières surveille pour que personne ne passe, conformément aux accords signés avec l’Europe.
    Devant cette impasse “on se sent incapable de faire quoi que ce soit”. Dolorès est très marquée par ce qu’elle vient de vivre à la frontière. « On peut rester en croix avec eux. Je ne réussis pas à oublier ce que j’ai vu ».
    Source : SIR

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