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    Igino Giordani : la miséricorde dans le « Magnificat »

    lundi 14 décembre 2015

    Igino Giordani lit le Magnificat selon la perspective de la miséricorde et met en évidence la puissance révolutionnaire : "les directives dans lesquelles socialement et politiquement, ainsi que spirituellement, se traduit l’idéal évangélique" émergent.

    Au cœur de cet hymne puissant qu’est le Magnificat, où se rassemble l’impulsion des prophètes avec la prophétie de la rédemption, est insérée une allusion à la miséricorde divine, qui semble être une rhétorique ajoutée. J’ai plutôt l’impression que cette allusion à la miséricorde du Père a une valeur capitale et contient l’explication de cette concise, exubérante énumération de faits divins, qui donne une beauté inouïe et une immédiateté constante à l’improvisation poétique de la jeune fille de quinze ans, qui gardait et laissait Jésus grandir en son sein.
    […] La rédemption naît d’un acte de pitié du Père divin envers les hommes. S’il a accompli ce prodige d’amour, que seul un Dieu pouvait accomplir, de faire naître son Fils sur terre grâce à une jeune fille du peuple et de le faire mourir sur l’échafaud pour le bien de l’humanité, cela est dû à un acte de miséricorde, à un miracle de cette miséricorde, qui est l’amour élevé à son apogée.
    Il exige que l’on pardonne au frère non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept : en pratique toujours, à l’infini. Aimer jusqu’à donner sa vie pour autrui.
    Dieu « a secouru Israël, son serviteur, – sans oublier la miséricorde… ».
    En définitive, tout, dans le gouvernement divin, se rapporte à la miséricorde. Ce sera confirmé et clarifié dans le comportement de Jésus, autant lorsqu’il donnera à manger aux foules et soignera les infirmes, que lorsqu’il flagellera les marchands du temple et hurlera des paroles amères à l’encontre des pharisiens et des orgueilleux.

    C’est l’hymne de la révolution chrétienne. Mais son aspect le plus révolutionnaire se trouve justement dans ce qui en est le principe : la miséricorde. Pour elle, il ne détruit pas, mais crée, parce que l’amour de Dieu et de l’homme ne produit que le bien.
    Le Magnificat précise les directives du processus d’évolution, changement et renaissance, dans lesquelles socialement et politiquement, ainsi que spirituellement, se traduit l’idéal évangélique. Un changement qui part de l’amour, et se concrétise dans la miséricorde.
    Un idéal similaire revêt aujourd’hui un caractère d’urgence et d’actualité nouvelle. Surgissent de toutes parts idéologies et contestations, guérillas et révoltes : de grandes et belles aspirations sont urgentes, mais des programmes destructeurs et de haine sont introduits. Marie enseigne comment orienter et construire cette révolution. C’est une femme, la mère de Dieu, qui enseigne avec la parole et la vie : la vie de la mère de la miséricorde. Son exemple vaut d’autant plus aujourd’hui que la féminité est réévaluée.
    Marie nous enseigne la route de la miséricorde.

    Sont désormais évidentes l’inutilité et l’absurdité des guerres, et la nécessité de systèmes rationaux, faits de négociations, de dialogue et, surtout, d’interventions et de dons. Celui qui peut donne à celui qui ne peut pas. Nous le voyons : l’envoi d’armes et d’argent en faveur de tel ou tel peuple sert à alimenter les conflits, dans lesquels la population souffre, agonise et meurt. Et à déposer des germes de haine contre ces mêmes donateurs. La perspective de cette jeune fille, qui entonnait au milieu des pauvres le Magnificat, c’est-à-dire la méthode de la miséricorde, est une perspective d’intelligence divine et humaine, la seule capable de résoudre le problème d’un monde menacé par une ultime catastrophe définitive, provoquée par la stupidité de la haine, drogue de suicide.
    En définitive, pour retrouver la paix, avec le bien-être, nous devons soigner les plaies matérielles et morales des personnes qui souffrent, des deux côtés de l’Atlantique, en Europe et en Asie, en Amérique et en Afrique, en utilisant une pitié, fruit de compréhension ; un amour qui n’est pas faiblesse, mais élimination d’injustices et d’égoïsmes pour faire de la coexistence une cohabitation, des nations une famille. C’est ce que veut Jésus, le fils de Marie, comme l’assure également sa Mère.

    Igino Giordani, in « Mater Ecclesiae » n° 4/1970

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